GEOPOLITIQUE DE L’ENDETTEMENT GREC ET DE SA GESTION POLITICO-FINANCIERE ET ECONOMICO-FINANCIERE.
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vendredi, 21 août 2015 11:37

GEOPOLITIQUE DE L’ENDETTEMENT GREC ET DE SA GESTION POLITICO-FINANCIERE ET ECONOMICO-FINANCIERE.

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CONFERENCE SYNTHESE:

La crise grecque est un épisode actuel de la vie du système financier et économico -financier mondial qui nous révèle des dysfonctionnements liés à la globalisation de la finance et à la financiarisation de la globalisation aperçus à partir des rampes géoéconomiques et géopolitiques de l’intégration régionale européenne. Elle a de ce fait permis de révéler des distorsions associées à la montée en puissance politique des centres de la finance et à leur poids sur les Etats engagés dans la spirale inflationniste de la dette souveraine (Bruno THERET et Fréderic   LORDON). Elle exprime également des tensions et des pressions pesant sur le processus de la construction européenne en tant que dynamique d’intégration régionale justifiée par la logique des effets d’entrainement ou spill over (Ernst Haas).

Elle met également en lumière les résistances liées à l’expérimentation en situation européenne des techniques et technologies politico-économiques tropicalisées d’imposition et d’institution des reformes d’austérité à la mise en œuvre du « Washington Consensus » (John Williamson). Elle exprime par ailleurs une dynamique indicatrice de la déstabilisation symbolique de la valeur de l’unification européenne liée au déclassement de la Grèce considérée comme le berceau       de la culture européenne et occidentale, le lieu d’origine de la « géo-culture ». (Immanuel Wallerstein et Samir Amin). Elle fait état des craquèlements de l’unification européenne liée à la rigidité managériale et financière de l’hégémonie allemande sur la zone Euro et la prépondérance croissante des seigneuries banquières et financières. Les difficultés pesant sur le renforcement de la consistance politique de l’unification du fait de l’emprise croissante des puissances bancaro-financiéres sur la « géo économie » (Edward Luttwak) ne sont pas épargnées par ce wikileaks d’un nouvel ordre.

Sont également dévoilés les décalages et découplages existant dans la construction de l’unification européenne confrontée aux formes financières et actionnariales « développement inégal » (Samir Amin) existant entre les différentes nations concernées par ce processus. Au final la crise grecque constitue un symptôme d’une crise de gouvernement du système, associé à l’unification européenne. Cette dernière étant elle-même confrontée à des problèmes d’équilibre entre les exigences souveraines et représentatives d’une part et les exigences financières et actionnariales créés par le conatus hégémoniste (Spinoza, Fédéric Lordon ; Mathias Eric Owona Nguini) associé à la souveraineté du capital d’autre part.

I-                   UNE CRISE POLITICO-FINANCIERE METTANT EN LUMIERE LE SURPASSEMENT DE LA SOUVERAINETE ETATIQUE PAR LA PUISSANCE DE LA FINANCE.

La crise de la dette Grecque exprime la supplantation croissante de la puissance des Etats par la prépondérance de leurs créanciers financiers et bancaires dans la mesure où l’on assiste à une montée en puissance politique du capitalisme actionnarial. Ce dernier entraine une dépendance de la souveraineté des Etats vis-à-vis des institutions bancaires et financières et amène à un tribut conséquent de la gestion souveraine des finances publiques par rapport aux exigences transterritoriales de la finance globale.

La prééminence de plus en plus exprimée des actionnaires créanciers des Etats et leur force d’action font état de la montée en puissance d’un capitalisme non plus basé sur la logique productive avec création de la valeur, mais d’un capitalisme fondé sur l’actionnariat improductif. Cette crise a permis de voir comment les centres actionnariaux agissent sur les Etats endettés par exemple à travers les fonds de pension.

Les Etats, autrefois maîtres de leur gouvernance et donc souverains se doivent de plus en plus de collaborer avec des institutions qui posent des conditions amenuisant le champ d’action des héritières de Westphalie (Etats) tout en augmentant le leur. C’est l’expression de la montée en puissance de ces institutions mais également de la dépendance progressive des Etats. Les plans de sauvetage de la Grêce, proposés par la commission de l’UE avec accord de l’Allemagne, dont la position n’est pas toujours tributaire du bien-être de l’Etat mais aussi des intérêts des banques installées en Allemagne, cristallisent la dépendance de l’Etat grec qui n’est dès lors plus maître de son destin mais dépend des directives des nouveaux hégémons bancaro-financières. Il s’agît en effet d’une annexion des unités étatiques de domination par les machineries hégémoniques bancaro-financières. Les fonctions étatiques (européennes) sont de ce fait exposées aux appétits de pouvoir des puissances bancaro-financières comme maitres créanciers sur les souverainetés endettées.

Les Etats sont de plus en plus subordonnés aux injonctions de leur créanciers bancaro-financiers qui deviennent les nouveaux centres de coordination politique, dès lors qu’ils indiquent la conduite à tenir. La réduction d’un tel état des faits passe inéluctablement par la canalisation marchande des logiques étatiques d’endettement et globalement de gestion des finances publiques.

II-UNE CRISE ECONOMICO-FINANCIERE METTANT EN EVIDENCE LE DEPASSEMENT DE LA PUISSANCE ETATIQUE PAR LA SOUVERAINETE TRANSNATIONALE DU CAPITAL.

La crise grecque exprime des mutations géopolitiques et géoéconomiques de la construction européenne affectée par les effets régionaux de la transnationalisation hégémonique du capital. En effet, l’on assiste à une spoliation des cadres normatifs nationaux qui conduit à des effets pervers de la bancarisation et de la financiarisation de la gestion en finances publiques. Ceci étant, les politiques parlementaires ne restent pas inchangés face à l’hégémonie du capital transnational.

L’impuissance des Parlements est mise à nu face d’une part aux dérives gouvernantes liées à l’explosion des déficits publics et d’autre part face à la capture des finances publiques par les calculs des créanciers bancaro-financiers et de la logique bureaucratico-marchande de Bruxelles. La crise souligne également les effets pervers de la bancarisation et de la financiarisation de la gestion des finances publiques. En effet, les finances publiques se retrouvent colonisées par les exigences marchandes des créanciers bancaro-financiers. L’on assiste alors à un étranglement des souverainetés endettées par les contraintes bancaro-financières de remboursement de la dette.

Soulignons par ailleurs, l’exposition des puissances étatiques et politiques parlementaires à l’hégémonie du capital transnational. Dans cet ordre d’idée, la crise a révélé la montée en puissance radicale des formations bancaro-financières globalo-libérales dans la gestion des finances publiques et mis en lumière la dépossession des enceintes gouvernementales et parlementaires du contrôle des finances publiques par leur supranationalisation et leur transnationalisation régionales.

III-UNE CRISE SYSTEMICO-FINANCIER METTANT A NU L’EXIGENCE D’UNE RECONSTRUCTION DES RAPPORTS ENTRE ETATS ET FINANCE TRANSNATIONALE.

Face à tous ces dérèglements, il apparaît impératif de réformer et réévaluer la gestion des finances publiques en vue de les valoriser. Trois options s’offrent dès lors.

Premièrement, l’option d’un desserrement de l’emprise des seigneuries bancaro-financieres transnationales sur les finances étatiques. Il est question de réformer et alléger l’emprise des puissances bancaro-financiéres sur les Etats à travers les dettes souveraines vertigineuses. Une régulation canalisant la spéculation marchande bancaire et financière exercée sur la dette des Etats est également indispensable pour parachever le desserrement.

Deuxièmement, l’option d’une canalisation simultanément républicaine et actionnariale des déficits publics. Son effectivité passe par une revalorisation des canaux représentatifs de contrôle et d’évaluation des finances publiques dans un premier temps et une reforme ouvrant le dialogue entre les parlements, les citoyens et les créanciers du souverain par la suite.

Troisièmement, l’option d’un rééquilibrage des relations entre gouvernance et finance par la combinaison d’une mondialisation régulatrice régulée. Il est ainsi nécessaire d’instituer des plafonds limitant un endettement vertigineux du souverain. La crise appelle aussi la nécessité d’instituer des mécanismes supranationaux et transnationaux publics et civils de contrôle de la capacité spéculative des seigneuries bancaro-financiers et de leur hégémonie concessive et corporative correspondant à de nouvelles logiques seigneuriales de bénéfices et d’offices.

Mathias Eric OWONA NGUINI (Socio-politiste, Université de Yaoundé II-Soa-FSJP et Fondation Paul Ango Ela de Géopolitique en Afrique Centrale)

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